Chacun voit midi à sa porte

Ma chère Adrienne,

Je prends ma plume pour vous narrer un évènement insolite qui a eu lieu dans notre bonne ville d’Aubagne. Je dégustais ma tasse de thé vert au salon Ophélie, humectant une madeleine dans mon thé au jasmin tiédi d’une nuée de lait. Soit dit en passant je lisais mon Proust qui ce jour là me faisait bailler telle une coquille Saint Jacques. A-t-on idée d’ écrire des phrases aussi longues ? J’avais grand besoin de divertissement et je fus servie : Soudain, un homme aux cheveux artistiquement tressés escalade une grue. Ce genre de grue qu’on utilise pour élaguer les platanes centenaires de la rue Pagnol .
L’ascensionniste agite un mouchoir blanc, une ode à sa damoiselle .Chanter la sérénade perché sur une grue ! Fallait-il que Cupidon eût percé de sa flèche le cœur de cet amoureux transi ! J’espère chère Adrienne, que vous vivez des moments aussi romanesques et rocambolesques que moi. Ho déjà! Le tocsin sonne 16h , l’heure d’aller vous poster .
En espérant que la diligence franchira le Rhône et que vous recevrez tantôt la présente lettre . En attendant impatiemment de vous lire, chère Adrienne, recevez ma fidèle amitié.


Bourbouline , marchande de fruits relate les faits à sa cliente Mme Lespinasse

Si j’ y étais Mme Lespinasse ? Té oui ! Aux premières loges, pardi ! Devant mon estanco , je vendais des fraises, les gariguettes de Carpentras. Soudain qu’est –ce que je vois ? Un homme coiffé à la Astérix en plus brun .Ni une ni deux, il escalade la grue .Coquin de sort l’animal , qu’il est beau et souple ! Mince comme une sauterelle de Provence ! Je croyais qu’il allait scalper les platanes centenaires de la rue Pagnol et bien non : Du haut de la grue, l’énergumène gesticule, secoue un torchon blanc pour alerter la populace .
Le fada fait du tintamarre avec un porte-voix : une voix de cathédrale, à réveiller tous les échos de la montagne Sainte Victoire. Et de maison en maison, la voix vole, terrible, effrayante. Bougre de bougre ! En deux temps trois mouvements, tout Aubagne est tourneboulé ! Que faire ? Alerter les gendarmes, les pompiers ? Ca grouille dans la rue Pagnol, une vraie pagaille à l’arrivée de gendarmes armés jusqu’ aux dents ! Tellement que mes pauvres fraises tiraient une langue comme ça , poussiéreuses, ridées , presque grises : Pechère !Vé une marchandise gâtée comme ça !
Hé après Mme Lespinasse ? Pardi j’ai rien vu , je rentrais mes fraises au frais mais d’ après ce qu’on m’ a dit …


Rachid

Allo Mustaf ! Tu sais dans la rue Pagnol, ce bouffon qu’a écrit ce truc qui t’ fait marrer, tu me fends le cœur, ça y est, t’imprimes ? Je roule à donf sur ma mob et là je vois un truc de ouf :
Bob çui qui a des dreadlocks genre tentacules de pieuvre : tu vois ? Bob sur les starting-blocks y grimpe une grue, un mec araignée, j’te jure ! En haut, il sort un drapeau blanc.
On l’entend gueuler jusque devant le salon des vioques qui picolent leur thé. Dauch dans la rue Pagnol ! On balise un max que le Bob y se balance : bousillé, escagassé, en vrac ! Et la meuf Bourbouline, celle qui vend des fraises neurasthéniques sous plastique, elle s’est tirée dans son estanco.
Les keufs débarquent gyrophare et tout le barouf. Et là, imprime, imprime, Mustaf : le rasta il gueule pas pour des figues il veut tchatcher à la téloche !
Allo Mustaf ! J’te capte plus ! Mon portable a son taf ! Salut !


Journal ma Provence AUBAGNE vendredi 30 Mars 2013
Rue Marcel Pagnol, un père de famille a pris d’assaut une grue d’où il brandit une banderole : Benoît, 2 ans sans papa. Grimper sur une grue et en faire une tribune est devenu le meilleur moyen de faire entendre sa cause pour le père divorcé privé de ses droits.
Dernière minute : on apprend de source sûre que le père de famille porte-parole des grutiers sera reçu par Mme la Ministre en personne.

 

Mich'Elle Grenier 2ème prix au concours vous m' ferez 10 lignes organisé par la médiathèque de Montélimar  . Juin 2013 . Consigne : insérer dans le texte la réplique de Marcel Pagnol : tu me fends le coeur .