Cueillez les rosses de la vie

 

Quand vous serez bien vieille,
Mouchant votre chandelle
Et pleurant votre teint flétri
Pareil à la toile émeri,
Las ! Votre archet sanglotera
Votre bel air d’autrefois :
Belle cueillerez les orties,
Les belles rosses de la vie.

Quand je serai bien vieille
C’est pas demain la veille
Pierre de Ronsard, mon cher
Plus n’ écrirez de vilains vers.

Si m’en croyez Mignonnette
Aux lèvres vermeillettes
Las ! Votre bouche fripée
Pincera un sourire fêlé.
Las ! Vos cheveux filasse
Vous ôteront toute grâce.
Or le temps qui parchemine
Rouillera votre peau chagrine.
Vos beaux seins pommelés
Porte –monnaie mal garnis
De ci de là ballotteront.
Vos deux fesses en potimarron
Seront pareils à gousses d’ail,
D’une guêpe n’aurez plus la taille.
Belle cueillerez les orties
Les belles rosses de la vie.

Les belles rosses de la vie ?
Osez vous regarder mon ami :
Décharné, édenté, rabougri
Tel un kiwi tout racorni
Et plus chauve qu’une souris
Un menton à casser des noix,
Plus ne claironne votre voix.

Ma douce et mignonne mie
Oubliez-vous donc qui je suis ?
Mes sonnets, poèmes et vers
Fleuriront d’une immortelle vie.

Tout poète que vous soyez,
Votre squelette et vous serez
Tantôt couchés sur l’herbette
Et pour baiser Pierre désormais
Vous faut-il un godemiché ?

Godemichelle

SACEM www.poémienne.fr