Le loup et l’agnelle

Un agneau se désaltère dans une rivière pas très claire.
Un loup efflanqué rôde, cherchant pâture.
—Quoi ? Tu bois cette eau impure, souillée d’hydrocarbure ?
—Que nenni ! Je tête encore le lait au pis de mère brebis,
C’est pourquoi nos méchouis sont les plus exquis.
—Je te mangerai, si je puis me permettre,
Sans qu’à la broche je te mette.
—Vraiment, nous voici bien !
—Agneau, as-tu le label bio ?
—Si fait, je l’ai, mais pas marqué sur mon pelage :
Je m’en vais le quérir dans mon vert pâturage.
—Tu fais bien : on m’a fait tantôt manger une mère - grand
Qui avait cent ans d’âge.
Trouve t-on quelque chose de gâté ?
C’est pour ma gueule, on me fait tout gober !
—Sur mon label est estampillé mon âge :
Agnelle de trois mois à Pâques, pas davantage.
—Agnelle, pars sur le champ chercher ton label et reviens prestement.
Si le loup n’a point de cervelle, l’agnelle en a pour deux
Plus deux paires de pattes, sauve qui peu !
A l’heure qu’il est, le loup attend encore !

Sacem fable de Michelle Grenier
Illustration de Auguste Delierre