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     Sale temps pour un saltimbanque
                                                                                          A Raymond Devos

                                     Mesdames messieurs, bonsoir.

L’autre jour, il m’est arrivé une drôle d’histoire. Figurez-vous, mesdames messieurs, je suis passé et même trépassé, c’est pourquoi vous ne voyez plus Devos en haut de l’affiche : A six pieds sur terre, je suis clamsé.
On m’avait posé un cœur à pile, et voilà qu’il a rempilé. Tic-tac, coucou régulier garanti cinq ans. Youpi ! Je suis reparti pour un tour de piste !
Mais l’autre jour, patatrac! Mon palpitant s’ arrête tout à trac. Pas le temps de réciter un pater, me voilà collapsé. Plus de pompon à choper pour faire un dernier tour de manège. Voilà ce qu’il en coûte de rouler à tombeau ouvert dans une deux bœufs : Une hécatombe ! Il faut ménager votre monture, vous avez trop tiré sur l’élastique me serinait mon cardiologue. Hé oui mesdames messieurs, un excès de choucroute arrosé de Maître Kanter et me voici dans la bière à six pieds sous terre. Il fait bougrement sombre. Sale temps pour un saltimbanque.
Cloué entre quatre planches. Au trou, au violon à perpette. Pas de scie pour scier une planche et jouer un air d’escampette. Allez que je me dis, il faut te faire une raison : t’es qu’un tas d’os, Devos, tu ne crouleras plus sur les bravos, mais en attendant… apprends à jouer aux osselets. Sait-on jamais ?
Quitter ce monde en trois dimensions pour entrer dans celui de zéro dimension, autant dire le néant, c’est raide de raide, c’est Raymond qui vous le dit mesdames messieurs et ça fait froid dans le dos. Et jongler avec des zéros ça fait trois fois rien.
Pas de veine, Raymond, que je me dis, faut tenir bon, jusqu’à la métempsychose. Et soigne ton karma, qu’il ne se réincarne pas en cafard ! Tiens, faut que j’en parle au Dalaï-Lama.
Mesdames et messieurs, vous n’auriez pas vu un chameau qui se prend pour Devos ?